Y A-T-IL À GAUCHE UNE CULTURE DU VIOL ?

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Drieu Godefridi

L’actualité nous offre une profusion de figures politiques et intellectuelles se revendiquant de gauche, combattant pour les “droits des femmes”, l’égalité etc. et qui durent reconnaître avoir commis des actes profondément odieux, de l’attouchement sur mineure au viol.

Rien n’égale en ampleur et profondeur l’affaire Harvey Weinstein, producteur américain de films et documentaires. Gardons-nous de juger un homme sur le place publique. Les faits — du moins certains d’entre eux — ayant été reconnus par le principal intéressé, ils ne sont guère douteux. Tenons-nous en dès lors à ces faits :

Depuis des dizaines d’années, M. Harvey Weinstein, l’un des producteurs les plus riches et influents de Hollywood, se livre à des actes abjects sur des jeunes femmes au prétexte d’avancer leur carrière, ou d’être Harvey Weinstein. Ces actes vont de la masturbation — demander ou forcer une femme à le regarder se masturber — jusqu’au viol pur et simple (allégué, la réalité des faits dans ce cas devant être établie par les tribunaux), en passant par une pratique industrielle du harcèlement sexuel sous toutes ses formes, avec menaces et rétorsion.

Second paramètre : le comportement de M. Harvey Weinstein était de notoriété publique, certainement à Hollywood et par la nature mondiale des activités de M. Weinstein, bien au delà. Cela fut souligné lors d’une cérémonie des Oscars — en félicitant une actrice qui, du fait de son succès, “ne devra plus faire semblant d’être attirée par Harvey Weinstein” — sur le ton de la “private joke” et sous les vivas du Tout-Hollywood rassemblé ce soir-là.

Troisième facteur : M. Harvey Weinstein est l’un des grands bailleurs de fonds du parti démocrate et de la gauche américaine, participant en personne à de nombreuses marches contre les Républicains et le sexisme, produisant des figures de la gauche culturelle aussi éminentes que Michael MOORE (dont le prochain film, qui sort en 2018 et vise à mettre en lumière les défaillances morales de l’actuel locataire de la Maison-Blanche, est produit par Harvey Weinstein).

Certaines sphères sont si bien dominées par la gauche que s’en revendiquer vaut une forme d’impunité. Impunité vis-à-vis de ses pairs, et vis-à-vis de soi-même.

Même si, par l’ampleur des activités de M. Weinstein, cette affaire dépasse tout ce que nous avons connu récemment, elle ne s’en inscrit pas moins dans un “pattern”, une régularité : des personnalités qui prêchent le droit des femmes au nom de leurs idées de “gauche” adoptent à leur égard des comportements qui vont de la perversité à la psychopathologie.

Comment comprendre cette régularité ? Comme expliquer ce “pattern” ? Y aurait-il une culture du viol spécifique à la gauche ?

Car, il faut bien comprendre que l’ambivalence n’est pas que dans la personnalité de M. Harvey Weinstein : elle git aussi bien dans le chef de ces innombrables actrices et acteurs qui, durant toutes ces années, savaient mais n’ont rien fait. On ne parle pas ici d’aspirantes ni de midinettes, fragiles et dépendantes, mais de figures aussi puissantes et “installées” que Meryl Streep et Gwyneth Paltrow. Comment une star aussi accomplie que Meryl Streep a-t-elle pu, durant toutes ces années, plaider les droits des femmes, et laisser faire celui qu’elle décrivait publiquement comme un “dieu” (sic) : Harvey Weinstein ?!

Je soumets l’hypothèse de la domination (au sens du philosophe socialiste communautarien Michael Walzer): certaines sphères — art, médias, universités — sont si bien dominées par la gauche que s’en revendiquer vaut une forme d’impunité. Impunité vis-à-vis de ses pairs, et vis-à-vis de soi-même. Comme si le fait de se revendiquer et percevoir comme “de gauche” — ce que ces personnalités, de Weinstein à Meryl Streep ne cessent de mettre en avant : être de gauche définit littéralement leur identité — leur valait une impunité totale. Comme si la pureté de leur âme absolvait par avance l’abjection de leurs pratiques.

Cette “abjectivation” des femmes qui sévit dans le chef de personnalités et milieux qui se font un métier de prêcher l’égalité, mérite d’être étudiée.

Pour qu’à gauche, cesse la culture du viol.

Dernier essai publié : La passion de l’égalité — essai sur la civilisation socialiste.

PhD Sorbonne

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