Faut-il bannir George Soros ?

par Drieu Godefridi

Soros, démocrate et “poppérien” revendiqué, congédie les majorités démocratiques qui lui disconviennent et finance, en Europe, des organisations liées aux Frères musulmans.

Quand vous financez des partis politiques ou des candidats, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, il y a des règles à respecter : montant des donations, publicité, enregistrement, et une variété de contraintes légales et réglementaires. Quand vous faites du lobbying auprès de politiques pour le compte d’entreprises ou de secteurs économiques, il existe également de nombreuses règles obligatoires. Mais lorsque vous promouvez des idées, il n’existe virtuellement aucune limite; vous pouvez dépenser autant d’argent que vous le souhaitez, créer des centaines d’ONGs si le cœur vous en dit, envoyer des “amicus curiae” aux juridictions suprêmes : “the sky is the limit”, comme on dit en anglais.

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Karl Popper (1902–1994), buste Nr. 104 (bronze) dans le Arkadenhof de l’université de Vienne (source)

Flottant dans le ciel des idées, voici l’Américain né en Hongrie George Soros, qui promeut depuis des décennies sa très particulière vision du monde à coup de milliards de dollars, en se revendiquant de la Société ouverte et ses ennemis, l’ouvrage de Karl Popper. Ce livre, écrit tandis qu’Hitler bombardait l’Europe, est une défense de la liberté politique et une condamnation des régimes totalitaires.

Popper estimait que seules les démocraties fournissent le mécanisme de réformes pacifiques et d’un changement de gouvernant sans effusion de sang, révolution ni coup d’Etat. “Je distingue deux sortes de régimes politiques”, expliquait Soros le 30 décembre 2016, “ceux dans lesquels le peuple élit ses gouvernants, qui sont ensuite supposés prendre soin des intérêts de leur électorat, et ceux dans lesquels les gouvernants manipulent leurs sujets pour servir leurs propres intérêts. Sous l’influence de Popper, je qualifie d’ouverte la première forme de société, et la seconde de fermée.”

Depuis 1979, G. Soros a donné 32 milliards de US$ aux fondations “Open Society”, présentes dans plus de 100 pays. Ce financement, selon les propres termes de Soros, “a bénéficié à des individus et organisations autour de la planète qui se battent pour la liberté d’expression, la transparence, des gouvernements qui rendent des comptes, et des sociétés qui promeuvent la justice et l’égalité.” Soros annonçait récemment qu’il injectait 18 milliards de US$ supplémentaires dans son empire des idées.

Ce financement renforce la position de Soros comme le plus grand lobbyiste d’idées de tous les temps. C’est une chose qu’une entreprise avec un chiffre d’affaires de cent milliards de US$ consacre 50 millions au lobbying. C’en est une autre de créer et d’entretenir un vaste réseau de fondations, associations et ONGs dont le seul objet est de dépenser des dizaines de milliards pour promouvoir certaines idées et théories. Soros est le titan sans rival du monde contemporain des idées.

Mais de quelles idées parlons-nous ?

Considérons trois cas récents d’intervention directe de Soros en Europe : la Hongrie, le Parlement européen et la Cour européenne des droits de l’homme.

Hongrie

La migration en Europe est l’un des rares sujets sur lesquels G. Soros s’est exprimé personnellement et de façon répétée. Dans un texte publié sur son site personnel le 26 septembre 2015, Soros échafaude un “plan complet” pour les réfugiés en Europe. Pour commencer, écrit Soros, “l’Union européenne doit accepter au minimum un million de réfugiés par an.” Pourquoi un million ? Aucune explication n’est donnée (il est à noter que ce million devint “entre 300.000 et 500.000 réfugiés par an” dans un autre écrit de Soros, daté du 9 avril 2016, puis “300.000 réfugiés par an” dans un écrit du 12 septembre 2016.

“Un financement adéquat est crucial”, poursuivait Soros dans son texte de septembre 2015. L’UE devrait offrir 15.000 EUR à chaque réfugié par an pendant les deux premières années pour couvrir ses frais d’hébergement, de santé et d’éducation — et pour rendre les réfugiés plus “attrayants” pour les Etats membres.” Dans la vision du monde de Soros, les frontières et démocraties nationales ne sont qu’un obstacle qu’il importe de court-circuiter. Seul importe l’accueil massif de migrants, qu’il soient musulmans, chrétiens, politiques ou économiques. Soros traite la migration comme une question purement morale, abstraite de toute considération démocratique.

En Hongrie, Soros a financé des dizaines de véhicules juridiques pour dénoncer et combattre la politique de maîtrise des frontières du Premier ministre Viktor Orbán, notamment son opposition aux quotas européens de migrants obligatoires. Orban a publiquement mis en garde le peuple hongrois contre l’influence des fondations Soros : “Des prédateurs de grand fond nagent dans nos eaux. Il s’agit de l’empire trans-frontière de George Soros, avec des tonnes d’argent et de l’artillerie internationale lourde”, déclarait ainsi Orbán. “Leur intervention est problématique. (…) ils tentent secrètement et avec de l’argent étranger d’influencer la politique de la Hongrie.”

Parlement européen

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Liste des “alliés fiables” de M. Soros au sein du Parlement européen

Dans un document publié par inadvertance par l’un de ses consultants, l’Open Society a dressé la liste de 226 “alliés fiables” de Soros au sein du Parlement européen, sur un total de 751 parlementaires. Telle est l’impressionnante force de frappe de Soros au sein de la démocratie européenne. Chaque allié est “listé” dans ce document avec une courte biographie. Nous retrouvons, par exemple, l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, qui dirige au sein du PE la fraction “libérale” (dans le sens anglo-saxon du terme, qui est nettement à gauche). “Intéressé par la rule of law”, explique le document; “l’intégration européenne, le voisinage européen et en particulier la Russie; les droits fondamentaux; les économies post-crise; la réglementation financière et les matières institutionnelles de l’UE.” Egalement, “farouchement progressiste, pro-européen et fédéraliste, mais il se concentre exclusivement sur les dossiers politiquement les plus importants.” Tout cela est parfaitement correct. Toutefois, que signifie “allié fiable” ? Qu’est-ce qui est requis pour mériter ce label dans la galaxie Soros ? Questionnée, l’OS me répondit ceci (Anna Kowalczyk, “Regional Head of Communications, @opensociety”, mail du 15 janvier 2018) : “Nous ne finançons pas les membres du Parlement européen.” Magnifique de transparence ! L’OS ne finance pas davantage la planète Mars, cela fait de la planète Mars un allié fiable ?

Cette opacité n’est toutefois pas surprenante de la part d’un homme qui finance sans vergogne, en Europe, des organisations proches des Frères musulmans, groupe islamiste considéré comme terroriste par des Etats tels que l’Egypte et l’Arabie saoudite. Que Soros finance de telles organisations ressort de deux documents, dont il est à noter qu’ils émanent tous deux de l’Open Society et que leur authenticité n’est contestée par personne. Le premier document émane de l’Open Society Initiative for Europe (OSIFE) et est titré “LIST OF EUROPEAN ELECTIONS 2014 PROJECTS”. L’autre document est intitulé “Open Society Initiative for Europe: Our Grantees,” 2015.

Dans ces deux listes d’heureux bénéficiaires, nous trouvons des institutions telles que le CCIF, Collectif contre l’islamophobie en France, répertorié comme “combattant l’islamophobie politique”. Bernard Godard, l’ancien “Monsieur Islam” du Ministère de l’Intérieur français, s’accorde avec l’islamologue Gilles Kepel pour considérer que le CCIF “gravite dans l’orbite des Frères musulmans.” Autre récipiendaire, le CCIB — Collectif contre l’islamophobie en Belgique — dont l’objet est identique au précédent, mais en Belgique. Vient ensuite l’INSSAN en Allemagne, qui est domicilié à la même adresse que l’organisation des Frères musulmans “Muslimische Jugend in Deutschland”; cela dans un local acheté par le Frère musulman Ibrahim El-Zayat pour le compte du “Europe Trust”, qui est le bras financier des FM en Europe. D’après une enquête du Wall Street Journal, l’INSSAN entretient en effet des liens étroits avec les Frères musulmans. Autre récipiendaire de la générosité sorossienne, la “Ibn Rushd Educational Association”, en Suède, qui est partie intégrante des Frères musulmans selon le gouvernement suédois (voir page 11). Autre récipiendaire, le European Network Against Racism (ENAR), en Belgique, qui possède “des liens étroits avec les Frères musulmans et est dominé par des organisations et individualités issus des FM”. Selon Eli Hazan, directeur des relations étrangères pour le parti Likoud au pouvoir en Israël, Soros finance également des groupes palestiniens qui abritent des terroristes. Impressionnant tableau de chasse !

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH)

On peut assigner deux causes objectives au chaos migratoire qui prévaut depuis 5 ans en Europe : la première est la décision de la chancellère allemande de laisser entrer sur son territoire 1,5 million de réfugiés en deux ans. L’autre source est plus structurelle, et n’est pas dépendante du caprice d’un politicien : il s’agit de l’arrêt Hirsi de la CEDH.

Cet arrêt, nommé Hirsi Jamaa and Others vs. Italy (2012), stipule que les Etats européens ont l’obligation de secourir les migrants en quelqu’endroit de la Méditerranée qu’ils se trouvent pour les ramener sur le territoire européen, de telle sorte qu’ils puissent introduire une demande individuelle d’asile. Quand la marine italienne intercepta des clandestins en haute mer et les rapatria en Libye, non seulement la CEDH condamna l’Italie pour cette “violation de leurs droits fondamentaux”, encore la condamna-t-elle à verser 15.000 EUR à chacun de ces clandestins pour l’indemniser de son préjudice moral ! (exactement le même montant, c’est à noter, que celui que Soros recommandait de verser aux réfugiés dans le papier cité plus haut). Cet arrêt délirant, adopté sous l’égide entre autres de l’activiste de gauche radicale et juge belge Françoise Tulkens, provoqua l’un des plus formidables appels d’air de l’histoire européenne, avec des centaines de milliers de réfugiés de toutes provenances qui prirent la mer pour tenter leur chance, souvent aidés en cela par des ONGs. En 2015, 5000 réfugiés mourraient ainsi en Méditerranée, dix fois plus que quelques années auparavant. Cette connivence entre ONGs et passeurs criminels fut reconnue et décrite par l’agence européenne FRONTEX (voir page 32).

Quel est le lien avec Soros ?

L’arrêt Hirsi se fonde abondamment sur des “amicus curiae”, ces documents soumis à la Cour par des associations intéressées au sujet : “Des observations écrites ont été reçues, écrit la Cour, de la part de l’Office of the United Nations High Commissioner for Refugees, de Human Rights Watch, de la Columbia Law School Human Rights Clinic, de l’AIRE Centre, Amnesty International et de l’International Federation for Human Rights, agissant collectivement”, et auxquelles la Cour a donné le droit d’intervenir (article 36 § 2 de la Convention des droits de l’homme).

Human Rights Watch, le AIRE Centre (financé par le European Programme for Integration and Migration, EPIM lui-même financé par l’OS), Amnesty International et la International Federation for Human Rights ont tous été financés par l’Open Society de M. Soros (voir les hyperliens). Ces organisations ne sont pas mentionnées par l’arrêt Hirsi comme en passant; leur rapport à la Cour est largement cité, comme s’il s’agissait d’une source de droit ! Il est dès lors approprié d’écrire que l’arrêt Hirsi, qui a largement contribué au chaos migratroire en Europe, et causé la mort de milliers de malheureux en mer, est non seulement dans la parfaite ligne du “plan complet” de Soros visant à faire entrer “au moins un million de migrants par an en Europe”, mais qu’il a été activement induit par des ONGs financées par G. Soros.

Au nom de la démocratie (Popper), Soros piétine les démocraties européennes, et les volontés populaires. Sa puissance de frappe financière institue ce milliardaire américain en acteur dominant de la politique européenne. Rien de tout cela n’est tolérable. Il est temps qu’en Europe, s’ouvre le procès des agissements sectaires et subversifs de Monsieur Soros.

Vient de paraître “Chimères. Cinq essais sur la socialisation de l’Occident”.

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